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Valence, ville militaire grand format Valence, ville militaire Médiathèque Latour-Maubourg

La situation géographique et l’histoire de Valence en fait donc une place idéale pour la construction de casernes, au XVIIIe et surtout au XIXe siècle. Ces bâtiments ont structuré la ville, on en trouve encore des traces aujourd’hui dans son urbanisme et sa toponymie.

Le logement des gens de guerre est un réel souci pour la municipalité et les habitants depuis plusieurs siècles, et est souvent avancé comme la principale cause des déboires économiques de la ville. Ne pouvant changer l’emplacement stratégique militaire de la ville, les municipalités successives décident de modifier les conditions d’hébergement des troupes en faisant construire des casernes.

Valence entame la construction d’une première caserne au début du XVIIIe siècle, pour loger les militaires de passage et ainsi décharger la population de cette tâche. Cela permet aussi, suivant l’exemple de la ville de Vienne, d’avoir des troupes à résidence.

Le projet bénéficie d’une aide financière du roi. En 1719, l’ingénieur chargé du projet décide d’implanter la caserne à côté des remparts de la Citadelle, au nord-est de la ville rue des Grandes-Oches (aujourd’hui disparue) ou rue Bouffier. La construction débute en 1727. Un premier corps est réceptionné en 1733, puis un second en 1743 et enfin le dernier en 1753. La caserne est baptisée « Saint-Félix » car elle est proche de la porte du même nom. Elle peut loger 600 à 700 soldats. Valence est alors classée « place de guerre » par ordonnance royale en 1776.

Suite à son nouveau statut, la ville doit accueillir en 1777 une école d’artillerie et doit donc créer pour l’entrainement des troupes un polygone d’artillerie, c’est-à-dire un terrain dégagé pour les manœuvres de tir. On choisit pour ce faire le quartier dit La Vachette, dans l’actuel quartier du Grand Charran. En attendant sa construction, on aménage provisoirement la promenade Beauregard, faubourg Saunière, rebaptisée alors « Champ de Mars ». Le projet n’aboutit pas car en 1778 l’école est transférée à Grenoble, pour revenir à Valence en 1783. On choisit alors le projet d’Henri Sébastien Dupuy de Bordes de placer l’école et le polygone dans les terres agricoles entre Bourg-lès-Valence et la route de Romans. C’est un espace dégagé de plus de 30 hectares. C’est ainsi qu’est né le quartier du Polygone, son passé militaire se retrouvant encore dans le nom des rues : la rue du Stand (de tir), la rue du Chemin de ronde...

En 1785 arrive à Valence pour son entrainement, avec le célèbre régiment d'artillerie de la Fère, un certain Napoléon Bonaparte. C'est un tout jeune lieutenant en second, il a 16 ans. Il suit des cours théorique au couvent des Cordeliers, fait des manoeuvres au canon au Polygone... Il loge en face de la Maison des Têtes, chez Mlle Bou, et commence à fréquenter les salons mondains et intellectuels de la bonne société valentinoise.

Mais l’école d’artillerie n’a pas fini ses allers-retours à Valence : elle quitte la ville en 1795, pour y revenir de 1802 sur une décision de l’Empereur Napoléon Ier, puis elle la quitte encore une fois en 1814 pour regagner la ville de 1816 à 1827, elle repart ensuite pour revenir en 1852 de façon temporaire, mais qui sera définitive en 1860, et pour finalement être transférée à Nîmes en 1875.

Malgré la difficulté de s’implanter, cette école d’artillerie et ses occupants ont amené de profonds changements urbains, culturels et démographiques au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Valence passe en effet de 7000 à 8000 habitants au tournant de ces deux siècles. Les exercices de tir rythment la vie des Valentinois et la présence de ces soldats donnent lieu à de nouvelles festivités (comme le 4 septembre où l’on fête sainte Barbe, patronne des artilleurs).

Plan du poligone servant de parc d'artillerie au camp de Valence

Pas de tir du Polygone

En 1817, le nouveau gouvernement décide de la constitution d’une armée nationale. On dresse alors dans tout le pays un état des lieux des établissements militaires accueillant des garnisons.

En 1818 voici la situation de Valence : elle comprend la caserne St-Félix (ou caserne de la Citadelle), la caserne St-Antoine (à l’angle des rue St-Jean et Madier de Montjau), le corps de garde de la place des Clercs, les écuries St-Félix pour l’artillerie, les magasins de fourrage des Cordeliers (à côté de la chapelle du même nom) et l’Arsenal dans la basse ville (dans l’ancien couvent de Notre-Dame-de-Soyons et des Dominicains, reconverti depuis quelques années en fonderie à canon). Tous ces bâtiments sont insuffisants et vétustes pour les ambitions royales.

Mais le cœur de la ville est coincé par ses anciens remparts, rendant impossible tout nouveau projet de construction. De plus, avec le trafic grandissant de la Route royale, future Nationale 7, le dynamisme économique se concentre dans les faubourgs à l’extérieur des murailles. En 1830 la ville demande donc au ministère de la Guerre de déclasser Valence comme place de guerre, afin de pouvoir détruire les remparts et s’étendre. La requête, d’abord refusée en 1836, est finalement accordée en 1842.

Le XIXe siècle est pour Valence, et pour la France en général, une période florissante de constructions de casernes.

La caserne du Petit Séminaire ou caserne Brunet

En 1823 débute la construction d’un séminaire diocésain à côté de l’église des Cordeliers. Le bâtiment devait former un rectangle entourant une grande cour centrale, avec au sud la chapelle des Cordeliers. Seul le bâtiment principal, côté ouest, est achevé. On décide alors de la construction d’un nouveau séminaire sur l’emplacement de l’ancien couvent des Cordeliers, mais une ordonnance du roi Louis-Philippe du 23 août 1831 exige la réquisition du bâtiment pour en faire une caserne d’artillerie. La demande émanant de la ville, celle-ci s’engage à rembourser à l’évêché de Valence les frais déjà engagés. En 1831, alors que les travaux ne sont pas terminés, s’y installe le 10e régiment d’artillerie.

C’est l’actuelle cité administrative Brunet.

La caserne de la Citadelle ou caserne Chareton

 Valence - Caserne Chareton



En 1858, les bâtiments de la vieille Citadelle sont jugés beaucoup trop vétustes pour être réhabilités. La Ville décide donc de détruire l’existant pour libérer la place, soit à la construction d’une nouvelle caserne, soit à l’agrandissement de la caserne St-Félix attenante. La municipalité souhaite la création d’un grand casernement, pour en finir avec les petites garnisons éparpillées dans toute la ville. En 1860, le conseil municipal vote le tiers des dépenses pour la construction d’une nouvelle caserne d’artillerie. En 1862, c’est le projet du général Jules Tripier qui est retenu : un bâtiment principal sur 4 niveaux pour le logement des troupes et deux écuries séparées. En 1878, après de lourds efforts financiers de la part des Valentinois, la nouvelle caserne est achevée. Mais la fameuse école d’artillerie, moteur de la construction de cette caserne, a été définitivement transférée à Nîmes 3 ans plus tôt…

On donne alors à ce quartier le nom de « quartier de l’artillerie », car s’y trouvent aussi les casernes du Petit Séminaire et St-Félix.

La caserne de la Citadelle a totalement disparu suite au bombardement du 15 août 1944.

Caserne St-Jacques ou caserne Latour-Maubourg

 Valence - La Caserne des Chasseurs

Suite à la perte de l’école d’artillerie en 1875, vécue comme une injustice au regard des investissements financiers de la Ville, une délégation va plaider la cause de Valence auprès du ministre de la Guerre. En compensation, celui-ci fait installer malgré tout le régiment d’artillerie prévu avec l’école, et une Cartoucherie nationale… qui sera en réalité sur la commune de Bourg-lès-Valence. Après de longues négociations et un nouvel effort financier de Valence, qui se voit mise en concurrence avec Vienne, c’est finalement un régiment de cavalerie (et non d’artillerie) du 14e corps d’armée qui s’installera à Valence en 1876. Il faut donc construire une nouvelle caserne. Le conseil municipal vote le versement de 400 000 francs à l’Etat, qui se charge des travaux.

Les travaux démarrent en 1877, en bordure de la route de Romans et face au polygone dans le quartier St-Jacques. La caserne est achevée en 1879. Elle reprend le plan des casernes de cavalerie de la Troisième République : une implantation en « U » autour d’une cour avec au fond le logement des troupes et de chaque côté les écuries. Dans l’alignement de la cour se trouvent les manèges, actuellement la Faculté de Lettres, langues, Economie et Droit de l’Université.

Les bâtiments existent encore aujourd’hui et sont occupés par différentes structures : la médiathèque, France Bleu Drôme-Ardèche, la bibliothèque universitaire, les archives communales, des cafés et brasseries…

La caserne Baquet

Suite à la réquisition du bâtiment pour y installer la caserne Brunet, l’évêché de Valence se retrouve donc sans séminaire. L’évêque de Valence, Monseigneur de La Tourette, lance un nouveau projet de construction en 1835 sur la colline du Charran selon les plans de l’architecte Alexandre François Epailly.

Il est fréquenté de 1838 à 1906, et suite à la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, il devient une école de garçon. Celle-ci ferme en 1907, puis le bâtiment est cédé au Ministère de la Guerre en 1911 qui y installe le nouveau régiment d’artillerie créé dans le 14e corps d’armée. En 1939 cette nouvelle caserne prend le nom de caserne Baquet, en hommage au commandant du régiment d’artillerie de la caserne Brunet en 1908.

C’est la dernière caserne valentinoise à être aujourd’hui occupée par des militaires, elle abrite en effet depuis 1984 le 1er régiment de Spahis.

Des conséquences sur la vie des Valentinois

Avec l’installation du régiment de cavalerie dans la caserne Latour-Maubourg, Valence acquiert le titre de « ville de garnison ». En effet dans les années 1870 la ville comprend environ 3000 militaires, contre environ 1000 au début du XIXe siècle, soit près d’un Valentinois sur dix. Une telle hausse démographique explique pourquoi la Ville a tant insisté pour accueillir des troupes : cette nouvelle population implique un essor du commerce, du négoce et de la circulation, mais aussi une population vigoureuse et une main d’œuvre gratuite… et souvent célibataire ! De plus les achats de vivres pour les militaires et les chevaux font vivre le commerce local. Les militaires participent à la vie sociale et culturelle de Valence : fréquentation de salons et clubs pour les officiers, des cafés pour les simples soldats. Leur présence favorise en 1871 la construction d’un gymnase civil par Edouard Jung : c’est un des premiers en France.

A la fin du XIXe siècle, Valence est donc reconnue comme une ville militaire importante en France. Elle accueille de 1880 à 1882 le régiment d’artillerie du général Boulanger, stationné à la caserne Chareton. C’est lui qui, en 1886 une fois ministre de la Guerre, attribuera aux casernes valentinoises les noms d’officiers militaires drômois : la caserne St-Félix devient la caserne Championnet, la caserne de la Citadelle devient la caserne Chareton, la caserne du Petit Séminaire devient la caserne Brunet, et la caserne St-Jacques devient la caserne Latour-Maubourg.


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