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Femmes de légende en Drôme Ardèche
Médiathèques Valence Romans agglo
Jeanne de Flandreysy est sans doute l’une des femmes de Valence les plus célèbres. Mais se souvient-on que ses débuts dans la vie littéraire sont fondés sur une légende, qui ne cesse de faire couler l’encre ?
Née le 11 juillet 1874, Jeanne Mellier est la fille d’un notable de Valence. Son père, Etienne, issu d’une famille de propriétaires, est une figure du milieu érudit et intellectuel local. Après avoir collaboré avec des revues parisiennes et fait une modeste carrière militaire, il revient vivre en rentier dans sa ville natale. Il participe à la vie de la Société d’archéologie de la Drôme et au comité d’administration de la bibliothèque et du musée. Il collectionne ouvrages et manuscrits, et publie volontiers le fruit de ses recherches historiques sur le passé de Valence.
Dans la villa des Lierres, leur maison située au quartier du Pont-du-Gât, les époux Mellier tiennent un salon où se rencontre une sociabilité férue d’histoire, de littérature et de musique. Jeanne grandit dans cet environnement. Désireuse très tôt de faire carrière dans le monde des arts et des lettres, elle multiplie les prises de contact et s’associe bientôt aux travaux de son père.
Ci-contre : Portrait de Jeanne de Flandreysy, par Hellen. Rousset Henry, Les Dauphinoises célèbres, Grenoble : Impr. générale, [s.d.]14 p. (BMV, D11014)
Installée à Paris en 1901, elle affirme revenir d’Ecosse après deux années de veuvage. Son époux serait décédé dans des circonstances tragiques, mais mal renseignées (un accident de chasse ou le naufrage d’un navire). Aymar de Flandreysy était un noble écossais et il possédait un domaine situé près de l’abbaye de Melrose, ruine médiévale au caractère très romantique. Cette période coïncide avec les débuts de Jeanne dans la vie littéraire parisienne et sa fréquentation des salons de la capitale. En 1904, elle entre au Figaro et collabore également aux Annales politiques et littéraires. Remarquée pour la qualité de ses chroniques, elle se lie avec le mouvement du félibrige (Frédéric Mistral, Jules Charles-Roux…). Sa beauté et son élégance font les beaux jours des chroniques mondaines, qui rapportent également ses réceptions fastueuses où se pressent artistes et écrivains. L’un d’eux, Marcel Proust, s’en souvient sans doute pour élaborer son personnage d’Odette de Crécy et décrire la vie de salon dans A la recherche du temps perdu.
Pourtant la rumeur s’insinue bientôt contre cette « veuve d’un comte écossais que nul n’a jamais vu ». Le mariage avec Aymar de Flandreysy n’a pas été enregistré par l’Etat-civil français. A-t-il vraiment eu lieu ? Marguerite Beau, ancienne directrice de la bibliothèque de Valence (1950-1976), a recueilli les commérages contre Jeanne dont le tempérament ardent et l’ambition démesurée provoquait le scandale des valentinois. Dès ses premières années, Jeanne n’aurait eu de cesse de romancer sa propre vie. Mme Beau rapporte que le faire-part de mariage, diffusé dans la ville en avril 1899, fut suivi quelques jours plus tard d’un faire-part de décès de l’époux. Aymar de Flandreysy, héros littéraire, n’aurait vécu que huit jours et suscité l’hilarité générale… Face au scandale, Jeanne, soutenue par son père, tente malgré tout de maintenir vivante sa légende écossaise, cherchant à faire célébrer des offices religieux dans les églises de Valence pour la mémoire de son mari « imaginaire » !
Quelles pouvaient être ses motivations ? La jeune femme était dévorée d’ambition et recherchait la gloire. « Jeanne Mellier gagna de rester à tout jamais aux yeux du monde « Madame de Flandreysy », même si ce titre était prononcé, du moins au début, sur un ton sarcastique ». Être la veuve d’un comte étranger, venu d’un pays suscitant l’imaginaire, devait lui faciliter l’insertion dans les milieux des belles-lettres qu’elle ambitionnait de rejoindre. Cela réussit : Jeanne de Flandreysy fit carrière littéraire, avant de s’installer, plus tard, en Avignon où son palais du Roure devint lieu de mémoire pour le félibrige et l’archéologie régionale.
Malgré tous les sarcasmes dont elle l’accable et tous les propos venimeux qu’elle rapporte à son sujet, Marguerite Beau témoigne que les plus vives critiques contre Jeanne et sa légende sont venues de la gent masculine. Sans être une « militante » féministe, Jeanne aurait par son parcours, comme par son œuvre, cherché à défendre la cause de son sexe. Cette femme intelligente a du moins su trouver le moyen de dépasser l’horizon limité faisant face à ses ambitions : combien cette « légende » est-elle révélatrice de la condition féminine au début du 20e siècle !
Ci-contre : Jeanne de Flandreysy avec Frédéric Mistral et son épouse à Maillane (1906) par Hellen. Rousset Henry, Les Dauphinoises célèbres, Grenoble : Impr. générale, [s.d.]14 p. (BMV, D11014)
Note : Le fonds patrimonial renferme de nombreuses œuvres publiées par Jeanne de Flandreysy, que cette dernière a données à la bibliothèque de sa ville natale en 1945. Archives de la ville de Valence et fonds patrimonial contiennent également des documents de sa main ou relatifs à ses activités.