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Clotilde de Surville, la légende de la poétesse ardéchoise

C’est en 1803 que l’éditeur Charles de Vanderbourg publie les textes d’une poétesse ardéchoise du XVe siècle inconnue jusqu’alors, Marguerite Eléonore Clotilde de Vallon Chalys, dame de Surville. Si la qualité des œuvres est alors reconnue par tous - on surnomme l’auteure « La muse de l’Ardèche » ou « la sappho moderne », se pose très rapidement la question de l’authenticité des textes. Supercherie littéraire ? Œuvre d’un faussaire ou découverte littéraire majeure ?

Une illustre inconnue

Avant la parution de l’ouvrage, Clotilde de Surville est une inconnue dans le monde littéraire. Mais d’après son descendant, le marquis de Surville, Clotilde serait née en 1405 ou 1406 près de Vallon-Pont-d'Arc, de Dame Pulchérie de Fay-Collan sa mère et de Louis Alphonse Ferdinand de Vallon son père. Enfant précoce, elle traduit en vers une ode de Pétrarque en 1417 et dès quinze ans écrit ses premières œuvres. En 1421 elle se marie avec Bérenger de Surville qui meurt au combat en 1428. De cette union naît un fils, Jean de Surville qui épouse Eloïse dont il a 4 garçons et 3 filles. A la mort d'Éloïse, Clotilde écrit un long et magnifique poème sur sa belle-fille. Femme cultivée, savante, enseignante et vivant dans un milieu lettré, Clotilde pratique la langue française et apprécie les auteurs anciens et contemporains. Elle aurait écrit de quoi imprimer 8 volumes de 700 à 800 pages de poèmes, nouvelles, drames, contes. Elle meurt presque centenaire.

 

 

Quels doulx accords emplissent noz boscages !

Quel feu secret de fécondes chasleurs

Va pénétrant sillons, arbres, pascages,

Et, mesme entour des tristes marescages,

Quel charme espand ces vivaces couleurs !

Oui, tout renaist, s’anime ou se réveille :

Arbustelets, qu’ont ployé les aultans,

Redressez-vouz de perles esclatants !

 

Extrait du poème Chant d’amour au printemps

 

Ci-contre : Gravures de Colin parues dans les premières éditions des œuvres attribuées à Clotilde de Surville. Poésies de Clotilde de Surville, poète français du XVe siècle, Paris : Ch. Vanderbourg, 1825 (BMV, D21512)

Les tribulations d’une œuvre

C’est en 1782 que le marquis Etienne Joseph de Surville découvre dans les archives familiales les poésies de Clotilde son aïeule : des vieux manuscrits, des carnets de poésie et une biographie de Clotilde. Il déchiffre les textes et les transcrit dans des cahiers. Trois personnes pourront témoigner par la suite avoir pris connaissance de ces documents anciens. Ce marquis, lui-même poète amateur, est capitaine de régiment. En 1793, opposant à la Révolution française, il quitte la France et devient un émigré contre révolutionnaire. Ses archives familiales, dont les manuscrits de Clotilde, sont alors brûlées par ordre du Comité révolutionnaire à Viviers. Les œuvres de Clotilde détruites, reste uniquement les transcriptions du marquis de Surville pour témoigner du talent de Clotilde. Revenu en Ardèche pour mener la lutte contre la République, le marquis est arrêté, condamné à mort et fusillé le 2 octobre 1798. Sa veuve va alors confier à l’éditeur Charles de Vanderbourg les cahiers des transcriptions qui sont publiés en 1803.

Mais toute cette histoire est-elle vraie ?

Durant des décennies, des critiques, des historiens, des linguistes, des grammairiens … vont se quereller sur ces poèmes, mettant en doute l’existence même de l’auteure et la datation des œuvres. Clotilde de Surville a-t-elle existé ? Cette vie hors norme narrée dans la biographie trouvée par le marquis de Surville est-elle exacte ? Malheureusement pour le marquis, les archives publiques ne conservent aucune trace d’une Clotilde de Surville, ni acte de naissance, ni contrat de mariage ou acte notarié. L’histoire du Vivarais contredit également la biographie : aucune trace de famille noble de ce nom apparaît à Vallon-Pont-d'Arc, le berceau de la famille de Surville ne serait d'ailleurs pas Vallon mais Privas et tous les noms cités de l'entourage de Clotilde dans sa biographie sont inconnus dans cette région.

Par contre Bérenger de Surville, l’hypothétique mari, a bien existé et s’il n’a pas épousé Clotilde de Vallon, il a convolé en justes noces avec la veuve de Raymond du Bosco de Barrès, une nommée Marguerite, riche roturière qui « par son premier mariage fut considérée presque comme noble ». La vie de Marguerite que l’on peut retracer par de nombreux documents d’archives a beaucoup de similitude avec celle décrite dans la biographie de Clotilde, malgré les dates de naissance et de mariage non concordantes. Marguerite est-elle la source d’inspiration d’une biographie imaginée ou bien Clotilde et Marguerite ne seraient qu’une ? Le personnage de Clotilde ayant « l’avantage » pour un monarchiste comme le marquis d’être noble de naissance et non roturière.

Ci-contre : Gravures de Colin parues dans les premières éditions des œuvres attribuées à Clotilde de Surville. Poésies de Marguerite-Eléonore Clotilde de Vallon-Chalys, Paris : Ch. Vanderbourg, 1804 (BMV, A1279).

Dès la parution des œuvres beaucoup de critiques s’étonnent de la modernité de ces poèmes écrits au XVe siècle. Le style et l'utilisation de la langue française ne correspondraient pas aux écrits de cette fin de Moyen-Âge où le dialecte était le plus utilisé et la grammaire et le vocabulaire français sont en cours de formation. Le français est alors par sa tournure plus près du latin qu'il ne le sera par la suite. Et puis les textes révèlent quelques anachronismes, en évoquant le poète Lucrèce connu en France en 1473 ou les sept satellites de Saturne découverts en 1635. De plus, un texte narrant les malheurs du règne de Charles VII semble faire allusion aux troubles révolutionnaires du XVIIIe siècle.

D 'autres critiques évoquent des idées trop modernes pour le XVe siècle, comme la natalité ou la nature. Les romantiques du XIXe siècle, dont Lamartine, s'enthousiasment de la parution des poèmes ! Enfin argument suprême pour ces spécialistes de la littérature, une femme ne peut pas écrire d’aussi beau poèmes ! Alors que croire ? Donnons quelques hypothèses parmi les nombreuses élaborées, mais toujours aucune certitude :

-        Les poèmes auraient été écrits par le marquis qui en mal de reconnaissance de ses propres œuvres aurait imaginé une aïeule en s'inspirant de Marguerite. Ou bien aurait-il uniquement réalisé des retouches pour rendre les poèmes plus accessibles ?

-        L'éditeur Vanderbourg aurait modifié les manuscrits en accentuant le côté romanesque.

-        Les vers de Clotilde auraient été modifiés au XVIIe siècle par Jeanne de Surville, épouse de Jacques de Surville cinquième descendant. La découverte de 1782 serait une copie réalisée par Jeanne, que le marquis a lui-même modifiée.

 

A chacun son avis...

Les poèmes de Clotilde de Surville sont à découvrir dans le fonds patrimonial de la médiathèque ainsi que les différents écrits sur « la muse de l'Ardèche ».


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