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Vies rêvées, légendes retrouvées

La vie quotidienne des femmes en Drôme Ardèche s’inscrit dans les grandes évolutions sociales, religieuses et économiques du sud-est de la France. Dans ces territoires marqués par une forte ruralité et par l’influence du protestantisme, notamment après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, les femmes jouent un rôle essentiel dans la transmission de la foi et la gestion des foyers, en particulier dans les familles huguenotes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, leur quotidien reste largement lié aux travaux agricoles, à l’élevage et à la sériciculture (élevage du ver à soie), activité très présente en Ardèche. La Révolution française ouvre de nouveaux espaces d’expression civique, sans toutefois leur accorder l’égalité politique. Au XIXe siècle, l’industrialisation progressive (moulinages, filatures, petites manufactures) fait entrer de nombreuses femmes dans le travail salarié. Dans ces territoires à la fois ruraux et dynamiques, les femmes ont progressivement conquis une visibilité accrue dans la vie économique, sociale et culturelle.

 

 

En marge de ces vies quotidiennes souvent difficiles, ces pages proposent de découvrir des portraits et des textes de femmes aux destins extraordinaires, dont les légendes sont encore empreintes de courage, de ténacité et de passion. Si les noms de Jeanne de Flandreysy, Philis de la Charce ou Clotilde de Surville sont aujourd’hui oubliés ou méconnus, elles ont pourtant réussi à s’imposer dans un monde masculin qui ne leur offrait guère de place. Loin d’être au-dessus de tout soupçon, elles comptent sans aucun doute parmi les plus inspirantes et ont nourri l’imaginaire des milieux lettrés bien au-delà des contrées vallonnées où elles ont en partie vécu, entre le Dauphiné et les Cévennes.

 

 

Ci-contre : Portrait de Jeanne de Flandreysy habillée à la mode provençale. Jeanne de Flandreysy, portrait extrait du 9e volume de l'Album Mariani, Figures contemporaines (BMV, D28198), avec la dédidace de Jeanne de Flandreysy pour le catalogue Mariani.

Philis de la Charce et sa légende dauphinoise

Il était une fois, dans les paysages ensoleillés du Sud du Dauphiné, une modeste châtelaine que rien n’avait préparé à entrer dans la légende. Philis de la Tour du Pin de la Charce était issue d’une longue lignée d’aristocrates, qui avaient abjuré la foi protestante suite à la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Ses frères avaient tous suivi une carrière militaire, ses sœurs s’étaient mariées dans d’autres contrées ; et Mademoiselle de la Charce était restée pour administrer les propriétés de la famille, et permettre ainsi à ses membres de tenir leur rang dans la société de cour. Elle avait pour voisine éloignée la comtesse de Grignan - laquelle ne se privait pas de railler ses mœurs provinciales avec sa mère, la déjà célèbre marquise de Sévigné. Mais Philis était surtout l’amie d’une autre figure de la cour et des salons parisiens, Madame Deshoulières, ainsi que la protégée de l’influente duchesse de Nemours, Marie d’Orléans-Longueville. Comme on le verra, ces relations eurent sans doute leur importance dans la tournure que prirent les événements : car soudainement, à l’âge de 47 ans, notre humble demoiselle devint une célébrité.

Voici les faits. À l’été 1692, le duc de Savoie en guerre contre Louis XIV menaçait d’envahir le Dauphiné avec une puissante armée. En marge des troupes régulières, des groupes très mobiles de pillards et de rançonneurs semaient la terreur dans les campagnes. La noblesse locale se mobilisa pour défendre ses terres ; Philis de la Charce répondit brillamment à l’appel. Elle distribua des armes à ses paysans, planifia la surveillance des points d’accès possibles, chevaucha sans relâche pour superviser les opérations… et parvint à décourager les intrus de s’aventurer sur ses terres. Rien de plus, en somme, que ce que lui commandait sa prérogative de châtelaine – même s’il était inhabituel de voir une femme assumer ce genre de responsabilités…

Ci-contre : Tableau de Frédéric Legrip, Philis de La Tour du Pin de La Charce, 1856

Mais la renommée n’allait pas se contenter de si peu. Et dès les semaines qui suivirent, on assista à ce que l’on appellerait aujourd’hui un magistral « coup de com’ » : dans la revue le Mercure Galant, une plume habile s’employait à faire connaître au Tout-Paris les exploits de Mademoiselle de la Charce, en un récit dithyrambique qui exhortait à « ne pas oublier le zèle » dont elle et les autres femmes de sa famille avaient fait preuve au service du roi… Dont acte. La légende était née. Car cet article était un véritable billet d’entrée pour venir en personne à la cour se faire valoir auprès du roi. Par la suite, Philis fit donc un très long séjour dans la capitale. Et même la vieille marquise de Sévigné dut s’incliner devant la sensation que faisait cette demoiselle contant avec beaucoup d’esprit ses faits d’armes devant les courtisans ! 

Mais qui était donc derrière une telle entreprise de promotion ? Il est fort probable que les amies de la famille aient joué de leur influence auprès des rédacteurs du Mercure. Voilà en réalité un exemple précoce de l’émergence du « quatrième pouvoir » médiatique, et de la fabrique de l’opinion : c’était là un plan d’action taillé sur mesure pour servir la propagande royale, faisant de Mademoiselle de la Charce, et de sa famille récemment convertie, un parangon de fidélité au service de la Couronne et de l’Église. Quant aux motivations premières de l’intéressée, il suffit de se souvenir que la famille de la Tour du Pin, avec les frais inhérents à son train de vie, était constamment aux abois, et que les services bien réels qu’elle rendait à la cause royale attendaient rétribution. Le résultat de tous ces efforts fut une pension annuelle de deux mille livres, versée à Mademoiselle de la Charce jusqu’à la fin de ses jours en 1703. 

Ci-contre : Pages extraites du Nouveau Mercure galant contenant tout ce qui s’est passé de curieux…, Paris : chez Jean Ribou, 1677

Cependant les légendes ne meurent pas avec les êtres qui les ont suscitées ; elles ont même tendance à galoper de plus belle, une fois que leurs contemporains ne sont plus là pour les modérer. En 1731 parut un roman historique qui transfigurait complètement la geste de Philis de la Charce, en la rajeunissant de trente ans et en faisant de son action une improbable vengeance amoureuse… Avec de telles élucubrations et le passage du temps, le doute s’installa sur la réalité des faits ; et les XIXe et XXe siècles virent s’affronter, au sein des amateurs de figures dauphinoises pittoresques, des « philistes » et des « antiphilistes ». Leurs prises de position très tranchées n’allaient évidemment pas sans arrière-pensées idéologiques : les uns faisaient de Philis une patriote, une nouvelle Jeanne d’Arc boutant les envahisseurs ; les autres l’accusaient d’avoir perçu la fameuse pension royale non pour ses prétendus faits d’armes, mais en récompense du zèle qu’elle aurait mis à persécuter sur ses terres ses anciens coreligionnaires protestants…

Il aura fallu attendre jusqu’à ces dernières décennies pour que la parole soit rendue à la principale intéressée, avec la découverte parmi les archives notariales de Nyons d’un document daté de 1702, signé de la main même de « Demoiselle Philis de la Charce », qui rappelle très sobrement devant le notaire royal la nature exacte de son action : armer les hommes du pays et commander la troupe ainsi formée jusqu’à la retraite des ennemis. Dans ce contexte très officiel, et tout juste un an avant son décès, un tel témoignage a valeur de testament : difficile d’imaginer que Philis fanfaronne ou exagère la portée de ses actes. Nous nous en tiendrons donc à sa version des faits… Derrière la légende, il y avait bien la simple vérité d’une femme de son temps.

Jeanne de Flandreysy et sa légende écossaise

Jeanne de Flandreysy est sans doute l’une des femmes de Valence les plus célèbres. Mais se souvient-on que ses débuts dans la vie littéraire sont fondés sur une légende, qui ne cesse de faire couler l’encre ?

Née le 11 juillet 1874, Jeanne Mellier est la fille d’un notable de Valence. Son père, Etienne, issu d’une famille de propriétaires, est une figure du milieu érudit et intellectuel local. Après avoir collaboré avec des revues parisiennes et fait une modeste carrière militaire, il revient vivre en rentier dans sa ville natale. Il participe à la vie de la Société d’archéologie de la Drôme et au comité d’administration de la bibliothèque et du musée. Il collectionne ouvrages et manuscrits, et publie volontiers le fruit de ses recherches historiques sur le passé de Valence.

Dans la villa des Lierres, leur maison située au quartier du Pont-du-Gât, les époux Mellier tiennent un salon où se rencontre une sociabilité férue d’histoire, de littérature et de musique. Jeanne grandit dans cet environnement. Désireuse très tôt de faire carrière dans le monde des arts et des lettres, elle multiplie les prises de contact et s’associe bientôt aux travaux de son père.

Ci-contre : Portrait de Jeanne de Flandreysy, par Hellen. Rousset Henry, Les Dauphinoises célèbres, Grenoble : Impr. générale, [s.d.]14 p. (BMV, D11014)

Installée à Paris en 1901, elle affirme revenir d’Ecosse après deux années de veuvage. Son époux serait décédé dans des circonstances tragiques, mais mal renseignées (un accident de chasse ou le naufrage d’un navire). Aymar de Flandreysy était un noble écossais et il possédait un domaine situé près de l’abbaye de Melrose, ruine médiévale au caractère très romantique. Cette période coïncide avec les débuts de Jeanne dans la vie littéraire parisienne et sa fréquentation des salons de la capitale. En 1904, elle entre au Figaro et collabore également aux Annales politiques et littéraires. Remarquée pour la qualité de ses chroniques, elle se lie avec le mouvement du félibrige (Frédéric Mistral, Jules Charles-Roux…). Sa beauté et son élégance font les beaux jours des chroniques mondaines, qui rapportent également ses réceptions fastueuses où se pressent artistes et écrivains. L’un d’eux, Marcel Proust, s’en souvient sans doute pour élaborer son personnage d’Odette de Crécy et décrire la vie de salon dans A la recherche du temps perdu. 

Pourtant la rumeur s’insinue bientôt contre cette « veuve d’un comte écossais que nul n’a jamais vu ». Le mariage avec Aymar de Flandreysy n’a pas été enregistré par l’Etat-civil français. A-t-il vraiment eu lieu ? Marguerite Beau, ancienne directrice de la bibliothèque de Valence (1950-1976), a recueilli les commérages contre Jeanne dont le tempérament ardent et l’ambition démesurée provoquait le scandale des valentinois. Dès ses premières années, Jeanne n’aurait eu de cesse de romancer sa propre vie. Mme Beau rapporte que le faire-part de mariage, diffusé dans la ville en avril 1899, fut suivi quelques jours plus tard d’un faire-part de décès de l’époux. Aymar de Flandreysy, héros littéraire, n’aurait vécu que huit jours et suscité l’hilarité générale… Face au scandale, Jeanne, soutenue par son père, tente malgré tout de maintenir vivante sa légende écossaise, cherchant à faire célébrer des offices religieux dans les églises de Valence pour la mémoire de son mari « imaginaire » !

Quelles pouvaient être ses motivations ? La jeune femme était dévorée d’ambition et recherchait la gloire. « Jeanne Mellier gagna de rester à tout jamais aux yeux du monde « Madame de Flandreysy », même si ce titre était prononcé, du moins au début, sur un ton sarcastique ». Être la veuve d’un comte étranger, venu d’un pays suscitant l’imaginaire, devait lui faciliter l’insertion dans les milieux des belles-lettres qu’elle ambitionnait de rejoindre. Cela réussit : Jeanne de Flandreysy fit carrière littéraire, avant de s’installer, plus tard, en Avignon où son palais du Roure devint lieu de mémoire pour le félibrige et l’archéologie régionale. 

Malgré tous les sarcasmes dont elle l’accable et tous les propos venimeux qu’elle rapporte à son sujet, Marguerite Beau témoigne que les plus vives critiques contre Jeanne et sa légende sont venues de la gent masculine. Sans être une « militante » féministe, Jeanne aurait par son parcours, comme par son œuvre, cherché à défendre la cause de son sexe. Cette femme intelligente a du moins su trouver le moyen de dépasser l’horizon limité faisant face à ses ambitions : combien cette « légende » est-elle révélatrice de la condition féminine au début du 20e siècle !

Ci-contre : Jeanne de Flandreysy avec Frédéric Mistral et son épouse à Maillane (1906) par Hellen. Rousset Henry, Les Dauphinoises célèbres, Grenoble : Impr. générale, [s.d.]14 p. (BMV, D11014)

Note : Le fonds patrimonial renferme de nombreuses œuvres publiées par Jeanne de Flandreysy, que cette dernière a données à la bibliothèque de sa ville natale en 1945. Archives de la ville de Valence et fonds patrimonial contiennent également des documents de sa main ou relatifs à ses activités.

Clotilde de Surville, la légende de la poétesse ardéchoise

C’est en 1803 que l’éditeur Charles de Vanderbourg publie les textes d’une poétesse ardéchoise du XVe siècle inconnue jusqu’alors, Marguerite Eléonore Clotilde de Vallon Chalys, dame de Surville. Si la qualité des œuvres est alors reconnue par tous - on surnomme l’auteure « La muse de l’Ardèche » ou « la sappho moderne », se pose très rapidement la question de l’authenticité des textes. Supercherie littéraire ? Œuvre d’un faussaire ou découverte littéraire majeure ?

Une illustre inconnue

Avant la parution de l’ouvrage, Clotilde de Surville est une inconnue dans le monde littéraire. Mais d’après son descendant, le marquis de Surville, Clotilde serait née en 1405 ou 1406 près de Vallon-Pont-d'Arc, de Dame Pulchérie de Fay-Collan sa mère et de Louis Alphonse Ferdinand de Vallon son père. Enfant précoce, elle traduit en vers une ode de Pétrarque en 1417 et dès quinze ans écrit ses premières œuvres. En 1421 elle se marie avec Bérenger de Surville qui meurt au combat en 1428. De cette union naît un fils, Jean de Surville qui épouse Eloïse dont il a 4 garçons et 3 filles. A la mort d'Éloïse, Clotilde écrit un long et magnifique poème sur sa belle-fille. Femme cultivée, savante, enseignante et vivant dans un milieu lettré, Clotilde pratique la langue française et apprécie les auteurs anciens et contemporains. Elle aurait écrit de quoi imprimer 8 volumes de 700 à 800 pages de poèmes, nouvelles, drames, contes. Elle meurt presque centenaire.

 

 

Quels doulx accords emplissent noz boscages !

Quel feu secret de fécondes chasleurs

Va pénétrant sillons, arbres, pascages,

Et, mesme entour des tristes marescages,

Quel charme espand ces vivaces couleurs !

Oui, tout renaist, s’anime ou se réveille :

Arbustelets, qu’ont ployé les aultans,

Redressez-vouz de perles esclatants !

 

Extrait du poème Chant d’amour au printemps

 

Ci-contre : Gravures de Colin parues dans les premières éditions des œuvres attribuées à Clotilde de Surville. Poésies de Clotilde de Surville, poète français du XVe siècle, Paris : Ch. Vanderbourg, 1825 (BMV, D21512)

Les tribulations d’une œuvre

C’est en 1782 que le marquis Etienne Joseph de Surville découvre dans les archives familiales les poésies de Clotilde son aïeule : des vieux manuscrits, des carnets de poésie et une biographie de Clotilde. Il déchiffre les textes et les transcrit dans des cahiers. Trois personnes pourront témoigner par la suite avoir pris connaissance de ces documents anciens. Ce marquis, lui-même poète amateur, est capitaine de régiment. En 1793, opposant à la Révolution française, il quitte la France et devient un émigré contre révolutionnaire. Ses archives familiales, dont les manuscrits de Clotilde, sont alors brûlées par ordre du Comité révolutionnaire à Viviers. Les œuvres de Clotilde détruites, reste uniquement les transcriptions du marquis de Surville pour témoigner du talent de Clotilde. Revenu en Ardèche pour mener la lutte contre la République, le marquis est arrêté, condamné à mort et fusillé le 2 octobre 1798. Sa veuve va alors confier à l’éditeur Charles de Vanderbourg les cahiers des transcriptions qui sont publiés en 1803.

Mais toute cette histoire est-elle vraie ?

Durant des décennies, des critiques, des historiens, des linguistes, des grammairiens … vont se quereller sur ces poèmes, mettant en doute l’existence même de l’auteure et la datation des œuvres. Clotilde de Surville a-t-elle existé ? Cette vie hors norme narrée dans la biographie trouvée par le marquis de Surville est-elle exacte ? Malheureusement pour le marquis, les archives publiques ne conservent aucune trace d’une Clotilde de Surville, ni acte de naissance, ni contrat de mariage ou acte notarié. L’histoire du Vivarais contredit également la biographie : aucune trace de famille noble de ce nom apparaît à Vallon-Pont-d'Arc, le berceau de la famille de Surville ne serait d'ailleurs pas Vallon mais Privas et tous les noms cités de l'entourage de Clotilde dans sa biographie sont inconnus dans cette région.

Par contre Bérenger de Surville, l’hypothétique mari, a bien existé et s’il n’a pas épousé Clotilde de Vallon, il a convolé en justes noces avec la veuve de Raymond du Bosco de Barrès, une nommée Marguerite, riche roturière qui « par son premier mariage fut considérée presque comme noble ». La vie de Marguerite que l’on peut retracer par de nombreux documents d’archives a beaucoup de similitude avec celle décrite dans la biographie de Clotilde, malgré les dates de naissance et de mariage non concordantes. Marguerite est-elle la source d’inspiration d’une biographie imaginée ou bien Clotilde et Marguerite ne seraient qu’une ? Le personnage de Clotilde ayant « l’avantage » pour un monarchiste comme le marquis d’être noble de naissance et non roturière.

Ci-contre : Gravures de Colin parues dans les premières éditions des œuvres attribuées à Clotilde de Surville. Poésies de Marguerite-Eléonore Clotilde de Vallon-Chalys, Paris : Ch. Vanderbourg, 1804 (BMV, A1279).

Dès la parution des œuvres beaucoup de critiques s’étonnent de la modernité de ces poèmes écrits au XVe siècle. Le style et l'utilisation de la langue française ne correspondraient pas aux écrits de cette fin de Moyen-Âge où le dialecte était le plus utilisé et la grammaire et le vocabulaire français sont en cours de formation. Le français est alors par sa tournure plus près du latin qu'il ne le sera par la suite. Et puis les textes révèlent quelques anachronismes, en évoquant le poète Lucrèce connu en France en 1473 ou les sept satellites de Saturne découverts en 1635. De plus, un texte narrant les malheurs du règne de Charles VII semble faire allusion aux troubles révolutionnaires du XVIIIe siècle.

D 'autres critiques évoquent des idées trop modernes pour le XVe siècle, comme la natalité ou la nature. Les romantiques du XIXe siècle, dont Lamartine, s'enthousiasment de la parution des poèmes ! Enfin argument suprême pour ces spécialistes de la littérature, une femme ne peut pas écrire d’aussi beau poèmes ! Alors que croire ? Donnons quelques hypothèses parmi les nombreuses élaborées, mais toujours aucune certitude :

-        Les poèmes auraient été écrits par le marquis qui en mal de reconnaissance de ses propres œuvres aurait imaginé une aïeule en s'inspirant de Marguerite. Ou bien aurait-il uniquement réalisé des retouches pour rendre les poèmes plus accessibles ?

-        L'éditeur Vanderbourg aurait modifié les manuscrits en accentuant le côté romanesque.

-        Les vers de Clotilde auraient été modifiés au XVIIe siècle par Jeanne de Surville, épouse de Jacques de Surville cinquième descendant. La découverte de 1782 serait une copie réalisée par Jeanne, que le marquis a lui-même modifiée.

 

A chacun son avis...

Les poèmes de Clotilde de Surville sont à découvrir dans le fonds patrimonial de la médiathèque ainsi que les différents écrits sur « la muse de l'Ardèche ».

Sources et bibliographie

Illustration de la page de titre : Jeanne de Flandreysy, femme de lettres : lettres à un correspondant non identifié (VV, 1S70). Extrait de sa correspondance écrite à la villa des Lierres, le 11 octobre 1914.

Philis de la Charce

Aygues André (d'), Philis de la Charce [autopsie d'un grand thème], Ed. E. Pinet, 1980

Carré Rodolphe, Philis de La Charce, Pernes les Fontaines : Etudes Comtadines, 2016

Drevet Louise, Une patriote, Philis de La Charce et l'invasion du Dauphiné en 1692, Ardant, 1887

Pour consulter le Nouveau Mercure galant, numéro du 1er septembre 1692, disponible en ligne sur Gallica, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6263540h/f332.item

Jeanne de Flandreysy

Balsan Alain, Jeanne de Flandreysy, une figure valentinoise du féminisme, Bourg-lès-Valence : Académie drômoise des lettres, sciences et arts, 2019, 90 p.

Beau Marguerite, Madame de Flandreysy : souvenirs, sl, sd [vers 1974], 41 p.

Carage Thibaut, « Faux mariage, vraies mondanités... Jeanne de Flandreysy, la liberté guidant la femme », in Le Dauphiné libéré, 22 août 2025

Chabanis Christian, Jeanne de Flandreysy, ou la Passion de la gloire, Goudargues (Gard) : G. Chambelland (Impr. de la Salamandre), 1964

Rousset Henry, « Mme Jeanne de Flandreysy », Les Dauphinoises célèbres, Grenoble : Impr. générale, [s.d.]14 p.

Clotilde de Surville

Clotilde de Surville : recueil de texte. Valence : La Bouquinerie, 2010

GRIMAUD Albert, Clotilde de Surville : une mystification littéraire, Valence : imp. Chevalier, 1954

LE SOURD Auguste, Autour de Clotilde de Surville, lettres inédites de Vanderbourg et du marquis de Surville, in La revue du Vivarais, 1928 (D17925)

VILLEDIEU Eugène, Marguerite de Surville (Clotilde de Surville), sa vie, ses œuvres, ses descendants devant la critique moderne, Privas : Imp Roure, 1874


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